• Bernard Rosen

La démarche de la thérapie brève

La démarche du thérapeute en thérapie brève :


Explorer ensemble de nouvelles pistes de réflexions et d’actions

pour créer un chemin là où, pour l’instant, vous ne voyez que des impasses.


Chaque individu fait partie d’un système qui est un mécanisme dont tout ou partie des éléments se combinent pour atteindre un but qui est sa raison d’être[1].

Une famille, une équipe sportive, une société professionnelle, un cercle d’amis, etc. sont des systèmes.

Les personnes avec lesquelles un individu est en interactions directes (en présence) et indirectes (en influence)[2], au sein d’un système donné, constituent son Système Pertinent (SP) avec lequel une dynamique interactionnelle s’exerce et où les différentes visions du monde (VdM) s’y confrontent en permanence, chacun ayant la sienne résultant de son éducation reçue de ses parents, de ses maîtres et de ses apprentissages[3].

Lorsque les différentes VdM s’accordent ou pour le moins se respectent, le système s’auto-régule par diverses adaptations du comportement de ses membres, afin de maintenir son homéostasie, c’est-à-dire son équilibre intérieur.




En revanche, lorsque la VdM d’un membre du Système est, ou est devenue, incompatible avec celle des autres membres, leurs comportements sont ressentis comme des agressions.

Des difficultés relationnelles apparaissent et se transforment en problèmes qui occasionnent une souffrance psychique avec ses somatisations subséquentes éventuelles, pour lui et possiblement pour d’autres membres du système.



Dans le monde animal, les trois réactions instinctives à l’agression sont, dans l’ordre, la fuite (c’est le plus sûr), la lutte (si la fuite est impossible ou inefficace) et l’inhibition de l’action, si dans la lutte la défaite est la plus probable (faire le mort pour essayer de désintéresser l’agresseur). [4]

Au cours de son évolution, l’être humain a modulé ces réactions instinctives en une diversité de comportements pour répondre à une multitude de ressentis (combinaisons d’émotions et de pensées) procurés par l’agression.

Ces comportements se regroupent en trois thèmes : les évitements, les contrôles sur l’autre[5], les soumissions.

A la différence de l’animal qui suit l’ordre séquentiel déterminé fuite-lutte-inhibition, l’humain adopte l’un et/ou l’autre comportement en fonction de la situation, de son expérience, de sa vision du monde, et les adapte en fonction du résultat obtenu.




Lorsque la réponse à l’agression ressentie est efficiente, le système se régule par une adaptation des interactions, en ce compris une éventuelle recomposition de ses membres, et si cette réponse est écologique pour la personne agressée, sa souffrance disparaît ou devient pour le moins acceptable dans la nouvelle situation qui est celle de nouveaux possibles.

En revanche, lorsque la réponse à l’agression ressentie est inefficace, la difficulté se transforme en problème car le comportement adopté qui est censé être une solution, est en réalité une tentative de solution dont la répétition sous diverses formes amplifie la souffrance de la personne agressée car alors qu’elle fait toujours plus de la même chose par des pensées closes sur elles-mêmes en négligeant le message des émotions, ou en les contenant, au lieu de les écouter.

Or, comme selon A. Einstein « la folie serait de croire que la répétition d’une même action donnerait des résultats différents », chaque tentative de solution éloigne un peu plus la personne agressée du bien-être recherché, comme si elle courait après l’horizon en pensant « avoir tout essayé ».

L’accompagnement de la Thérapie Brève Systémique et Stratégique[7] consiste à enrichir sa VdM de la personne agressée par de nouvelles pistes de réflexions et d’actions qui l’amènent à adopter des comportements situés à l’opposé (180°) des tentatives de solution adoptées, afin de progresser à son rythme vers le bien-être recherché en créant un chemin là où elle ne voit que des impasses.


Annexe.

Les apprentissages de Bateson qui forment la vision du monde.


L’apprentissage induit un changement et celui-ci implique une évolution. Changement et évolution sont interdépendants, car ils s’influencent mutuellement.

Il y a quatre niveaux d’apprentissages :

Niveau 1.

Ceci est le premier niveau d’apprentissage, soit un changement minimal ou une première évolution. C’est la réception d’une information provenant de l’extérieur, donc la base immédiate de tout acte. La séquence dite « essai-erreur » entre dans ce processus, mais on ne peut savoir ce qui est une erreur avant de faire le mouvement, donc l’apprentissage.

Exemple : Je mets ma main sur un rond rouge du poêle, je me brûle.

Niveau 2.

Ce deuxième niveau d’apprentissage est ce que nous appelons communément, « apprentissage ». Le lien entre l’expérience et le contexte se crée et il est possible de rectifier son comportement. La notion d’erreur dans les choix faits est saisie par la personne. Selon le behaviorisme, c’est le début du conditionnement du comportement et de l’accoutumance.

Exemple : J’ai mis ma main sur le rond rouge du poêle, je me suis brûlé et je ne recommencerai plus.

Niveau 3.

Le troisième niveau correspond à la généralisation de l’expérience. Celle-ci devient Trans-contextuelle, la personne peut faire des liens entre ce qu’elle a vécu, le contexte dans lequel l’action s’est produite et la multiplicité des situations où elle peut vivre la même expérience. Bien des actions que nous avons faites enfant ont été généralisées à des contextes divers afin de simplifier la création des liens entre une situation que nous pouvons vivre et le comportement que nous croyons prescrit. Il n’y a plus de notions d’erreurs ; la personne agit de cette façon parce qu’elle fait le lien avec son expérience et est consciente de ce lien, de son apprentissage. C’est un méta-apprentissage.

Exemple : Lorsque les ronds du poêle sont allumés, je peux me brûler. Il en est de même avec ce qui est très chaud comme le feu.

Niveau 4.

Ce dernier apprentissage ne se produit que chez un nombre restreint de personnes et ce, sur une petite part des expériences que l’individu peut vivre. Cet apprentissage arrive la plupart du temps dans un contexte spirituel ou existentiel. La personne, remet en question les liens qu’elle a créés auparavant et saisit le mécanisme d’apprentissage du niveau précédent pour, soit diminuer ce type d’apprentissage, soit l’augmenter. Ce dernier niveau met en relief des contextes qui englobent les contextes de l’apprentissage du niveau 2.

Exemple « Pourquoi éviter les situations où je peux me brûler ? Et suis-je prêt à me brûler dans certaines situations, dilemmes », etc. ?

La vision du monde résulte de l’ensemble des apprentissages et selon Grégory Bateson,

« C’est une chose terrible de s’habituer à quoi que ce soit ».

Cette réflexion a une résonance particulière en Thérapie Brève.




[1] Définition de Grégory Bateson (1904- 1980) anthropologue, psychologue, épistémologue Américain [2] Selon la définition d’Edgar Morin. [3] Voir annexe « les apprentissages de Bateson ». [4] Prof. Henri Laborit, in Eloge de la fuite-Ed. Folio-Essais. [5] Les deux autres comportements découlant d’un contrôle sur soi. [6] Trahison, Rejet, Abandon, Humiliation, Injustice, ont les « 5 blessures de l’être » qui empêchent d’être soi-même cf. Lise Bourdeau-éditions E.T.C. Inc. [7] Sa dénomination complète.


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